Retour sur la soirée interculturalité du 24 mars

Nous avons organisé le 24 mars une soirée thématique à destination de nos bénévoles, autour de l’interculturalité, un thème omniprésent dans la prise en charge des personnes exilées. Nous avons eu la chance de bénéficier de l’intervention de Lucie Carlini Siegel, sage femme et formatrice à Médecins Sans Frontières.

Mise en garde : le récit, notamment sur le parcours migratoire, comportant des violences, et il peut être difficile à lire.

Le parcours migratoire

La présentation commence par le parcours migratoire, un parcours à connaître et à comprendre pour prendre la mesure de ce qu’ont vécu les personnes que nous accompagnons.

Le trajet dure au moins 6 mois. Il existe différents axes, certains plus sécurisés sont aussi plus coûteux et plus surveillés, d’autres moins coûteux sont aussi beaucoup plus dangereux, notamment le passage par la Lybie. Le trajet est néanmoins toujours très onéreux, plusieurs milliers d’euros, seules les personnes suffisamment aisées, issues de la classe moyenne, peuvent se permettre d’entreprendre ce parcours. Les femmes bien souvent payent aussi le trajet par leur corps, la prostitution est extrêmement courante. Le trafic humain commence dans les villes clés du parcours migratoire : Khartoum (Soudan), Agadez (Niger)… les passeurs proposent des traversées du désert en autocar, c’est la partie du parcours où les pertes humaines sont les plus importantes. À l’arrivé en Lybie les cas de torture sont quasi systématiques, et les migrant·es restent plusieurs semaines au moins pour pouvoir payer la suite de leur trajet.

La traversée en bateau

Si la traversée vers l’Europe se fait en bateau, les cas de violences, notamment sexuelles, sont quasi inévitables. De plus il existe un système de hiérarchie, qui place les hommes, Nord-africains, puis d’Afrique sub-saharienne dans la partie la plus « sécure » du bateau, et les femmes d’Afrique Sub-saharienne se retrouvent à l’arrière, où le mélange d’essence et d’eau de mer provoque des brûlures et d’où elles seront les dernières à sortir en cas de problème. 

Visionner le court métrage d’animation issu du récit de Roukaya, par SOS Méditerranée : lien à insérer : https://youtu.be/zo06IohOrO8?si=Fv8hQ3yTC5uWEm5E

Ce parcours et ces violences entrainent des traumatismes, et une altération du rapport aux autres et à son corps, qu’il convient de prendre en compte.

Formation de l’Osperre Samdarra : Psychotraumatisme et migration : lien à insérer : https://orspere-samdarra.com/formation-en-ligne-psychotraumatisme-et-migration/

Envisager un rapport à la grossesse et à la maternité différent

Un certain nombre de femmes arrivées en France ont déjà eu des enfants, et on peut donc partir de leurs connaissances en les complétant si besoin.

Dans certains pays et cultures il y a une injonction à la maternité particulièrement forte, elle fait la valeur des femmes, notamment en tant qu’épouse. Pour le père l’enfant est la poursuite et la survie de sa lignée. L’infertilité ou la difficulté à avoir un enfant est donc d’autant plus mal vécue, être une femme sans enfant est compliqué. La prise de contraception est également mal vue et constitue un tabou. Les femmes vont se tourner vers les injections de progestatif, contraception la plus discrète mais dangereuse sur le long terme.

Il y a également une injonction à l’accouchement par voix vaginale. La césarienne est souvent difficile d’accès car il faut aller loin,  payer cher et ce peut être dangereux, il n’y a parfois aucun gynécologue obstétricien dans la région. 

Mortalité maternelle

La mortalité maternelle est particulièrement élevée : presque 1000 décès pour 100 000 naissances vivantes au Nigeria, 700 dans le Soudan du Sud. Cela permet de mieux comprendre l’angoisse qui peut être ressentie par rapport à l’accouchement, beaucoup de femmes ont eu des décès maternels autour d’elles. Il y a également une méfiance vis-à-vis de l’hôpital, car elles accouchent en majorité à la maison et vont à l’hôpital en cas de difficultés : l’hôpital est donc associé à la mortalité.

Etude sur la mortalité maternelle entre 2013 et 2015 (lien à insérer : https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-cardiovasculaires-et-accident-vasculaire-cerebral/maladies-vasculaires-de-la-grossesse/documents/infographie/les-morts-maternelles-en-france-donnees-cles-de-l-enquete-2013-2015-infographie) : La mortalité reste 2,8 fois supérieure pour les femmes migrantes par rapport aux françaises, et 3,5 fois supérieure pour les femmes nées en Afrique subsaharienne.

Qu’est-ce qu’on peut faire ? 

Prendre le temps, rassurer sur l’hospitalisation, expliquer le déroulement et instaurer un lien de confiance en garantissant la confidentialité des échanges, en expliquant tout ce qui est fait, en ayant recours à l’interprétariat. Il y a de plus en plus de femmes parmi les personnes migrantes, la raison est d’ailleurs souvent liée à leur statut de femme, il faut adapter un parcours de soins adéquat. 

En prenant le temps d’expliquer et en recherchant systématiquement leur consentement, on peut leur permettre de leur rendre leur pouvoir sur leur vie, sur leurs décisions et sur leur corps.

Le syndrome méditerranéen et le rôle des soignant·es

Il existe un stéréotype médical, appelé le « syndrome méditerranéen », selon lequel certaines personnes, en particulier d’origine nord africaine et subsaharienne, exagèreraient voire simuleraient la douleur. Ce stéréotype, souvent raciste, touche en particulier les femmes et mène à une minimisation de leurs symptômes douloureux.

L’expression de la douleur n’est pas la même selon les cultures, mais aussi après le parcours migratoire et les traumatismes : on montre la douleur physique et moins la douleur émotionnelle.  Lors de l’accouchement la  présence d’un·e soignant·e permet de calmer la douleur, sa présence rassure et il y a moins de peur. 

Le ou la soignante permet donc la création d’un endroit sécurisant et offre une pause réconfortante sur la route de ces patientes.

 

Un grand merci encore à Lucie pour cette présentation extrêmement riche et instructive sur l’interculturalité et pour la prise en charge des femmes migrantes.

 

La collecte se poursuit

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