Histoire et enjeux de la contraception d’urgence
D’après la présentation de Nathalie Chabbert-Buffet lors de la séance d’ouverture du congrès Infogyn 2025
La contraception d’urgence existe depuis l’Antiquité. Déjà, Hippocrate recommandait l’usage du cuivre ou de certaines plantes (grenade, herbes abortives précoces) pour éviter les grossesses. Ces pratiques, transmises oralement, étaient socialement acceptées dans plusieurs sociétés anciennes (Grèce antique, Islam médiéval, certaines sociétés chrétiennes), où les femmes disposaient d’une autonomie importante sur leur fécondité ; particulièrement en Grèce où elles avaient des rôles sociaux extrêmement importants. Donc, espérons qu'on est en train de reprendre le même chemin…
À l’époque moderne, des méthodes agressives et dangereuses (injections intravaginales de substances corrosives) ont précédé l’arrivée des dispositifs intra-utérins (DIU). Dès 1900, le principe du DIU est développé, mais son usage est freiné par des craintes infectieuses, qui subsistent encore de nos jours, et des contextes géopolitiques (notamment après la Seconde Guerre mondiale). Le DIU au cuivre s’impose progressivement à partir des années 1950–1970. Il n’a été indiqué chez les nulligestes que seulement il y a une vingtaine d’années. Il agit à la fois par toxicité pour les spermatozoïdes et, dans une moindre mesure, par un effet anti-nidatoire. Son utilisation comme contraception d’urgence reste cependant associée à des débats éthiques de méthode dite de contragestion.
Parallèlement se développent les contraceptions hormonales d’urgence. Les premières utilisations reposaient sur des doses très élevées d’œstrogènes, mal tolérées (nausées, vomissements) et associées à un faible risque thromboembolique, ce qui justifiait une prescription médicale stricte. Le schéma de Yuzpe (œstroprogestatif en deux prises) a longtemps été la référence, malgré sa lourdeur et ses effets secondaires.
À partir de la fin des années 1990, le lévonorgestrel s’impose comme une alternative plus simple, mieux tolérée et tout aussi efficace. Il est progressivement accessible sans prescription, gratuit pour les mineures, puis administré en prise unique à partir de 2005. Un débat émerge en 2013 sur une efficacité potentiellement réduite chez les femmes en surpoids.
Les recherches du Dr E.E. Baulieu sur les antiprogestatifs ou Modulateurs sélectifs du Récepteur de la Progesterone (mifépristone RU486) ouvrent une nouvelle étape dans l’interruption volontaire de grossesse, non sans fortes résistances politiques et idéologiques, notamment aux États-Unis.
L’ulipristal acétate, UPA, (EllaOne), mis sur le marché en 2009, représente aujourd’hui une avancée majeure grâce à une fenêtre d’efficacité plus large que le lévonorgestrel, LNG. En 2015 sa délivrance a lieu sans prescription, anonyme et gratuite pour les jeunes filles mineures dans les pharmacies et les CPEF.
Sur le plan physiologique, ces méthodes agissent principalement en retardant l’ovulation, sans preuve solide d’un effet sur l’implantation embryonnaire lorsqu’elles sont prises sur une courte durée. Le DIU reste la méthode la plus efficace en contraception d’urgence, avec l’avantage d’offrir une contraception de long terme immédiate. A noter que l’UPA peut voir son efficacité diminuée si prise d’une contraception progestative juste après.
Malgré ces progrès, les études montrent que l’augmentation de l’accès à la contraception d’urgence n’a pas réduit de façon significative les grossesses non désirées ou les IVG. Les raisons principales semblent être une mauvaise perception du risque par les femmes, une sous-utilisation malgré l’exposition, et des freins sociétaux persistants, y compris chez certains professionnels de santé.
La contraception d’urgence ( CU) a bien évolué depuis les années 1960. Aujourd’hui suite à un rapport mal protégé, oubli de pilule ou rupture de préservatif, la contraception d’urgence permet d’éviter une grossesse. On a le choix entre l’Ulipristal acétate qui peut être pris 120h après le rapport ou le DIU au cuivre qui doit être posé par un professionnel de santé jusqu’à 5 jours après le rapport et qui servira de contraception pendant plusieurs années.
Attention la CU ne protège pas des maladies sexuellement transmissibles.
La contraception d’urgence est aujourd’hui sûre, efficace et diversifiée, mais son impact reste limité par des facteurs éducatifs, culturels et politiques. L’enjeu futur réside moins dans l’innovation pharmacologique que dans l’information, l’appropriation par les femmes et l’évolution des représentations sociales.
Écrit par Jacqueline Castany






