Mission au Bangladesh
Le voyage commence bien avant l’arrivée au Bangladesh, avec les préparatifs, la valise à faire et toute l’organisation en amont. Puis vient enfin le moment du départ et la rencontre avec mes compagnons de voyage. L’accueil est tout de suite chaleureux, avec beaucoup d’échanges et d’anecdotes qui vont rythmer la mission et contribuer à la richesse humaine de cette expérience.
Après un long trajet, l’arrivée à Dhaka nous plonge directement dans l’ambiance du pays : une population très dense, une ville bruyante et en mouvement permanent. Je découvre la conduite locale et les nombreuses carrosseries abîmées. Malgré ce désordre apparent, l’ensemble fonctionne et on finit par s’y habituer assez vite, à condition d’accorder une grande confiance aux chauffeurs.
Après un dernier trajet en voiture, nous atteignons les rives du Brahmapoutre. Le contraste avec l’agitation urbaine est frappant. Ce fleuve immense apporte un sentiment de calme et de sérénité. De petits bateaux de pêcheurs côtoient d’imposantes péniches chargées de sable, parfois au point de donner l’impression qu’elles pourraient couler. Les rives sont presque totalement exploitées, avec notamment de nombreuses galettes de bouse en train de sécher, qui, m’expliquera-t-on, sont ensuite utilisées comme combustible. Cela laisse deviner que, malgré le calme apparent du fleuve, la vie fourmillante n’est jamais bien loin.
La vie à bord devient rapidement une routine. Le bloc opératoire me paraît d’abord très rudimentaire : peu de matériel, des champs en tissu, chaque objet compte. Je redécouvre les bases de la stérilisation, auxquelles on ne fait plus vraiment attention dans nos pratiques habituelles. Puis les interventions commencent. La concentration prend le dessus et les gestes s’enchaînent. Le glissement imprévu du siège à roulettes nous rappelle parfois que nous opérons sur un bateau. Entre deux interventions, je prends le temps de regarder le Brahmapoutre par la fenêtre. Les couleurs changent sans cesse, toujours apaisantes : le matin, la brume confond le ciel et l’eau, donnant une impression d’infini ; en fin de journée, les teintes deviennent douces, presque pastel.
Les journées sont longues et studieuses. Je bénéficie d’une formation intensive en chirurgie par voie basse, des gestes aujourd’hui trop peu enseignés dans nos cursus et pourtant très utiles pour les patientes. En fin de journée, lors de la visite dans le service d’hospitalisation, les échanges avec les patientes, leur gentillesse et leur reconnaissance apportent une vraie satisfaction et récompensent le travail fourni.
Je repars de cette expérience profondément enrichie, sur les plans chirurgical, personnel et culturel. Les rencontres, les échanges et la vie en équipe ont fait de cette mission un apprentissage qui va bien au-delà du bloc opératoire.
Écrit par Elsa Berujon







