LES FEMMES ET LA MÉDECINE
D’un amphithéâtre interdit aux femmes à une médecine qui se féminise
En cette rentrée universitaire, alors que ma petite-fille fait ses premiers pas en faculté de médecine à Marseille, je ne peux m’empêcher de regarder les amphithéâtres avec un œil particulier.
Les jeunes femmes y sont désormais largement majoritaires : en 2024, elles représentaient 67,6 % des étudiants en Médecine, Odontologie et Pharmacie en France. Et la féminisation se retrouve progressivement dans la profession elle-même : au 1er janvier 2026, 51 % des médecins en activité sont des femmes.
Les amphithéâtres des facultés de santé accueillent désormais majoritairement des étudiantes.
Quand étudier la médecine était réservé aux hommes

Car pendant des siècles, les femmes qui soignaient, accouchaient, transmettaient leurs connaissances et prenaient soin de leur communauté ont été largement absentes de l’histoire officielle de la médecine. Qui connaît aujourd’hui les noms de ces femmes qui, bien avant que la médecine ne devienne une profession universitaire, détenaient et transmettaient des savoirs sur les plantes, la naissance, les maladies et les soins ?
Un amphithéâtre médical du XIXe siècle : pendant longtemps, les femmes n’avaient pas accès aux études de médecine. À partir du XVIe siècle, la professionnalisation de la médecine a profondément transformé les pratiques. Pour devenir médecin, il fallait suivre une formation universitaire puis obtenir une licence. Or l’université était alors inaccessible aux femmes. Celles qui continuaient à soigner dans leurs communautés se retrouvaient exclues de la médecine officielle, voire considérées comme exerçant une activité illégitime.
Le combat pour entrer dans la profession
Même au XIXe siècle, lorsque les femmes ont commencé à se battre pour accéder aux études médicales, elles ont dû affronter des arguments qui nous paraissent aujourd’hui invraisemblables. Certains médecins affirmaient que les études médicales pouvaient nuire à leur fonction reproductive ou qu’elles n’étaient tout simplement pas capables de supporter les exigences de la profession.
Il a fallu du courage, de la persévérance et aussi quelques alliés pour que les premières femmes puissent franchir les portes des facultés de médecine.
Une médecine qui s’est aussi construite en oubliant
Cette histoire nous rappelle une chose essentielle : la science ne s’échappe pas complètement à la société dans laquelle elle se construit. La médecine a accompli des progrès extraordinaires grâce à la professionnalisation, à la recherche et à l’université. Mais certains savoirs ont aussi été considérés comme illégitimes simplement parce qu’ils étaient transmis par des femmes ou par des personnes qui n’avaient pas accès aux études.
Aujourd’hui encore, même si les femmes sont devenues majoritaires dans les études médicales et représentent désormais plus de la moitié des médecins en exercice, la parité n’est pas totalement acquise. La féminisation numérique ne suffit pas à garantir l’égalité.
Et si cette nouvelle génération changeait aussi la médecine ?
C’est peut-être là que se trouve la partie la plus enthousiasmante de cette histoire.
Ma petite-fille et toutes ces jeunes femmes qui entrent aujourd’hui en médecine ne sont pas seulement les héritières de celles qui ont dû se battre pour avoir le droit d’étudier. Elles peuvent aussi devenir les actrices d’une nouvelle manière de penser et d’exercer la médecine.
Une médecine plus attentive aux femmes, à leurs spécificités et à leurs besoins. Une médecine qui écoute davantage les patientes. Une médecine qui reconnaît que les déterminants sociaux, les violences, les conditions de vie ou encore les discriminations ont aussi des conséquences sur la santé.
UNE NOTE D’OPTIMISME
Nous sommes passés d’une médecine qui empêchait les femmes d’étudier à une médecine où elles sont aujourd’hui majoritaires sur les bancs des facultés. Le chemin parcouru est immense. Et le plus beau reste peut-être à venir : faire en sorte que cette nouvelle génération de femmes médecins ne se contente pas de prendre sa place dans la médecine d’hier, mais contribue à construire la médecine de demain — une médecine plus égalitaire, plus humaine et plus attentive à toutes et à tous.
En regardant ma petite-fille franchir aujourd’hui les portes de la faculté de médecine, je me dis que cette histoire-là est déjà en train de s’écrire.
Écrit par Jacqueline CASTANY
