Un jour sans femmes

« Un jour sans femmes »

quand la fiction donne voix aux combats des femmes

Et si, pendant une journée, les femmes du monde entier décidaient de s'arrêter ?

De ne plus travailler, de ne plus s'occuper des enfants, de ne plus soigner, cuisiner, accompagner, éduquer, produire, prendre soin des autres. Que se passerait-il alors ?

C'est l'utopie imaginée par Laetitia Colombani dans son dernier roman, Un jour sans femmes, paru le 07 mai 2026 aux éditions de L'Iconoclaste.

L'idée n'est pourtant pas entièrement une fiction. Le roman prend pour point de départ la grève historique des Islandaises du 24 octobre 1975. Ce jour-là, environ neuf femmes sur dix avaient cessé leur activité professionnelle et domestique pour rendre visible leur contribution à la société.

Dans ce roman, Laetitia Colombani reprend le schéma qu’elle a déjà utilisé dans « La Tresse » (2017) à savoir l’entrelacement du destin de 4 femmes qui ne se connaissent pas, vivent aux 4 coins du monde mais luttent pour le même objectif : DIRE NON !! même si l’objet de leur lutte est différent.

Quatre femmes, quatre réalités :

  • Katla, étudiante islandaise, ravagée par le féminicide de sa meilleure amie.
  • Michiko, employée japonaise (Tokyo), enceinte de son premier enfant, harcelée au travail par sa hiérarchie, humiliée car elle a osé être enceinte sans en demander l’autorisation au travail.
  • Ana Maria, ouvrière du textile, exploitée dans une maquiladora au Salvador, qui se bat pour sa fille condamnée à 30 ans de prison pour avortement.
  • Hawa, médecin urgentiste à Bobigny, qui suite à un burn-out rentre au Sénégal où elle se retrouve confrontée à l’horreur et les traumatismes de l’excision.

 

Ces femmes ne se connaissent pas. Elles vivent dans des contextes sociaux, culturels et économiques très différents. Pourtant, leurs histoires finissent par se rejoindre autour d'une même expérience : être une femme dans un monde où les rapports de pouvoir continuent de peser sur leurs corps, leurs choix et leurs vies.

Le corps des femmes : un enjeu de santé… et de pouvoir

Grossesse, avortement, excision, violences conjugales, féminicide : les situations décrites par Laetitia Colombani ne relèvent pas seulement de la sphère intime.

Elles interrogent le droit des femmes à disposer de leur corps, à être protégées des violences, à accéder aux soins et à décider librement de leur vie reproductive.

La trajectoire d'Ana María rappelle ainsi combien les conséquences d'une législation restrictive sur l'avortement peuvent dépasser largement la question médicale. Celle-ci peut devenir une question judiciaire, sociale et familiale, avec des conséquences dramatiques pour les femmes concernées.

L'histoire de Hawa renvoie, elle, à une autre réalité : celle des mutilations sexuelles féminines, où l'intervention du professionnel de santé se situe à la croisée du soin, de la prévention, de la protection et parfois du traumatisme.

Quant à Michiko, sa grossesse devient le révélateur d'une autre forme de violence : celle d'un monde professionnel dans lequel devenir mère peut encore être vécu comme un handicap plutôt que comme un événement de la vie.

« Un jour sans femme » est un hommage vibrant à la sororité et à la résistance collective, posant la question de ce que deviendrait le monde si les femmes s’«arrêtaient »…

« Sans les femmes », que resterait-il ?

Et si pendant une journée, les femmes ne faisaient plus rien ?

Soudain deviendraient visibles toutes ces tâches qui, précisément parce qu'elles sont quotidiennes, sont souvent invisibles : prendre soin des enfants et des personnes âgées, assurer le travail domestique, écouter, accompagner, soigner, transmettre, faire fonctionner les familles, les entreprises et les institutions. C’est une réflexion sur le travail invisible.

Laetitia Colombani nous offre une fois de plus un roman intense, engagé, parfaitement documenté, animé d’un réalisme social, en évoquant avec justesse les cultures et les coutumes locales qui asservissent les femmes. Elle donne voix à des femmes en quête de paix, d’égalité, qui seules, sont vulnérables mais réunies deviennent invincibles.

Elle pose finalement une question aussi simple que vertigineuse : et si les femmes décidaient collectivement de ne plus accepter l'inacceptable ?

Et il est important de rappeler : prendre soin, protéger et défendre les femmes ne peut être seulement une affaire individuelle.

C'est un enjeu collectif, politique et profondément humain.

 

Écrit par Vanina CHAREYRE

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