Lettre ouverte pour venir en aide aux Femmes et Enfants des Camps de la Honte

Le 22 novembre 2015

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Bonjour à tous

Ma démarche est personnelle, mais je souhaite y mettre tout mon cœur et tous mes espoirs car il y a Urgence et je suis convaincue que chaque petite action engagée peut avoir un impact positif…
Aujourd’hui plus que jamais, c’est bien l’union de nos forces et la mobilisation de chacun qui permettra la construction d’une clef de voûte pour soutenir notre Humanité !

Je suis spectatrice de l’action menée par Gynécologie Sans Frontières (GSF) depuis longtemps. J’assiste depuis toujours, avec beaucoup d’émotion, à l’effervescence d’énergie et d’Amour que les membres de cette petite association humanitaire développent, de par le monde, pour améliorer la Santé des Femmes et de leurs Enfants, car « sauver une maman » est fondamentalement précieux !

Habituellement GSF se mobilise pour des actions humanitaires situées à l’extérieur de nos frontières comme au Burundi, à Zaatari (camp de réfugiés syriens en Jordanie), à Haïti, au Togo, à Madagascar… Pour ces missions, l’association fonctionne avec des subventions accordées à l’aide humanitaire internationale.

Je doute qu’aucun des membres (sages-femmes, médecins, gynécologues, chirurgiens, infirmiers, étudiants…) n’ait probablement imaginé devoir s’investir, un jour, aussi activement au sein de nos propres frontières ! Et pourtant, leur priorité a dû changer de cap …

Depuis de longs mois, GSF se mobilise pour trouver et apporter des solutions aux violences faites aux femmes en France !
Violences extrêmes, cachées, taboues…qui s’infiltrent depuis toujours dans tous les milieux sociaux et culturels !….jusque dans les camps de migrants qui sont arrivés à nos portes, chaque jour plus nombreux, chaque jour plus difficile à vivre pour eux.

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Ces camps, sans aucune gestion pour ne pas en faire de vrais « camps de réfugiés » organisés, sont abandonnés aux mains des passeurs et soumis à la loi du plus fort. C’est une vraie jungle, où les plus faibles c’est-à-dire les femmes et les enfants, subissent de nombreuses violences.
Dans les 8 camps du Nord Pas-de-Calais, femmes et enfants représentent environ 15-20% de la population et vivent dans des conditions d’insalubrité, de misère et de violences totalement inhumaines !

Les violences sont multiples : viols, prostitution imposée par les passeurs, grossesses non désirées, source de terribles traumatismes.
Les femmes se regroupent dans l’un des camps, avec leurs enfants, pour mieux se protéger. Mais cela ne suffit pas.

Laisser ces Femmes et Enfants vivre dans de telles conditions, est indigne injuste et honteux!

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Ces Femmes et Enfants nécessitent de nombreux soins et beaucoup de réconfort.
C’est la raison pour laquelle cette mission « intra-muros » de GSF est nécessaire et reconnue comme telle par l’ARS (Agence Régionale de la Santé), les Mairies, les hôpitaux.
Les associations MDM (Médecins du Monde) et MSF (Médecins Sans Frontières), présentes sur place, au sein de cette crise humanitaire, peuvent se faire aider par les professionnels spécialisés dans la Santé de la Femme, de GSF : Sages-Femmes et Gynécologue-Obstétriciens.

Seulement GSF est une « petite ONG », loin des grosses structures très connues, comme MSF et MDM, qui disposent d’importants moyens financiers.
Dans cette crise humanitaire, le problème du financement est d’importance.
Aucune institution comme la Région, l’ARS, ne souhaite aider financièrement les soins portés aux femmes et enfants des camps. Ceci pointe l’abandon des pouvoirs publics.
Quant aux citoyens, ils ont souvent les idées troublées par les informations controversées et polémiques drainées par les médias, eux-mêmes souvent mal renseignés.

Ainsi, le budget alloué à GSF pour cette mission, est actuellement de « 0 euros » !

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GSF porte désormais, tous ses espoirs de financement sur les dons provenant de petites associations d’entre-aides et de particuliers qui auront été sensibilisés à cette urgence humanitaire, tout près de chez nous…

En tant que pharmacienne, j’ai offert une première dotation de médicaments pour que la mission puisse démarrer. Si l’on parvient à sensibiliser le maximum de personnes autour de nous, et que chacun puisse donner un peu ou plus, selon ses moyens… La mission pourra exister pendant l’hiver. Hiver qui s’annonce terrible pour la vie dans ces camps bidonvilles, faits de bâches et de petites tentes, posées dans la boue.

J’espère que mon témoignage pourra ouvrir quelques portes, quelques cœurs afin de soutenir GSF dans sa volonté de soigner les femmes et les enfants de plus en plus nombreux dans les camps, soigner ces femmes remarquables par leur courage, leur volonté d’outrepasser les violences subies, dans l’espoir d’un avenir meilleur pour leurs enfants.

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J’ai choisi volontairement de renforcer mon appel à l’aide, en joignant certains mails d’échanges envoyés au sein même de l’association par ces acteurs, car ils soulignent de manière authentique et simple, la réalité du contexte…

Je finirai par une demande : si vous êtes sensible à mon témoignage, alors essaimez…. le plus possible.
Que nous puissions ajouter le plus grand nombre de maillons à cette chaîne d’appel à la solidarité !

Annabelle

Le lien pour les dons : https://gynsf.org/faire-un-don/

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Extrait de Mails

– Expéditeur : alexandra Date: 13 novembre 2015

« Bonjour,
En ce qui me concerne, je vais dans les Camps depuis un petit moment, j’ai pu rencontrer les migrants mais aussi les bénévoles des différents camps (Norrent Fontes, Calais, Grande-Synthe, Steenvoorde) et les problèmes  » primaires » des migrantes sont assez bien identifiés.
Elles ont un parcours migratoire de plusieurs mois, elles marchent environ 20 kms par jour pour se nourrir, se laver. (Exemple : Steenvoorde 8 kms entre le camp et la salle paroissiale où a lieu la distribution de repas), et ce sans chaussettes et sans chaussures adaptées.
Donc elles souffrent de douleurs ligamentaires, de douleurs de type contractions. Aussi des problèmes de tendinites, de phlyctènes, de traumato (chute en tentant de monter dans les camions…)
Elles n’ont qu’un repas par jour, ce qui majore les problèmes digestifs déjà engendrés par leurs habitudes alimentaires et l’état de grossesse.
Ce sont dans la plupart des cas, des femmes anémiques dont la fatigue est accentuée par leur tentative de fuite la nuit, les conditions de sommeil difficile par la promiscuité.
Les conditions de vie font qu’il y a des problèmes d’infection pulmonaire, de rhume, de toux… sachant que la toux les fait repérer dans les camions, des problèmes dermatos, la gale….
Nous nous sommes engagés auprès des populations des camps et des bénévoles et de différentes autorités (ARS, mairie de Grande-Synthe.) à intervenir dès le 15 Novembre et sans matériel, sans un minimum de médicaments, nous risquerions de passer pour des « rigolos ».
Il me parait essentiel pour débuter d’avoir un minimum.
En espérant que ce message ne vous offusquera pas, cordialement
Alexandra
P.S: il faudrait prévoir des petits sachets pour déconditionner les médicaments et pouvoir distribuer le nombre de comprimés juste nécessaire. »

– Le 16 nov. 2015 à 14:46, richard a écrit :

« Bonjour à Tous
Nous sommes toujours en « fonds propres » avec 0 subvention.
Quelques dons via PayPal par des privés.
Il va falloir réécrire le projet pour les demandes de subvention au regard des premiers éléments sur place.
Prenez des photos svp avec femmes et enfants dans les conditions misérables.
Communiquez svp sur « l’absence totale » de subvention des institutions. Pas mal de personnes (journalistes) pensent que la Draft de budget prévisionnel est le vrai budget et que les demandes proposées sont actées!!!
« On n’a rien et on ne pourra pas aller plus loin si aucune aide »
Pourquoi ? On ne sait pas ! Probablement frilosité par rapport à la connotation politique de cette crise humanitaire.
Le problème n’est pas de polémiquer sur les causes. Insister sur l’extrême vulnérabilité des femmes et enfants, certes peu nombreux 10% en moyenne mais d’autant plus en situation de grand danger. Nombreux viols y compris infantiles, prostitution imposée par les passeurs, grossesses non désirées non suivies, l’hiver approche…,
Il faut qu’on sensibilise les donateurs privés.
Rappelez que nous ne sommes Pas MSF !!! Mais GSF …Beaucoup de confusion aussi.
Bonne journée »

– De : claudine Envoyé le : Lu, 16 Nov 2015 17:40

« Cpte tenu de cette réalité économique, soyons économe ++= pas de per diem. On peut très bien participer aux frais de nourriture.je suis certaine que les Sages-Femmes suivront…
J’ai sollicité les SF cadres et l’association des étudiants SF. Je vais contacter toutes les associations et le conseil de l’ordre…à suivre… »

– Le Dimanche 15 novembre 2015 15h50, serge a écrit :

« Marie, Alexandra, Tom,
Ca y est. “Veillée d’armes”! Vous commencez demain “notre mission GSF” engagée pour les hommes et les femmes migrants du Nord Pas de Calais, dans un contexte de solidarité et de recueillement national.
Vous allez illustrer d’une certaine façon le vivre ensemble, parfois vous serez critiqués, mal compris, mais toujours attendus par ces personnes qui ont tout perdu sauf l’espoir d’une vie meilleure. Toutes sont, comme nous, des victimes de l’absolutisme, de la haine de l’Autre, parce qu’elles sont différentes et aspirent à une vie plus généreuse, faite d’amour et de partage, (cette vie unique qui nous est donnée pour certains d’entre nous).
La mission a été bien préparée. Il est temps qu’elle commence demain et durera… le temps de nos soutiens qui tardent à arriver. Vivons la, le plus complètement possible.
Merci à tous ceux qui de près ou de loin participent à cet engagement humanitaire avec une pensée humaniste.
Merci à vous d’être sur le terrain dès demain. Vous êtes les pionniers et ambassadeurs de GSF.
Bonne chance et faites attention à vous. 
N’oubliez pas que nous sommes là. Mes pensées les plus amicales.
Serge »

– Lu, 16 Nov 2015 7:32 : Re: Encouragements pour la 1ere mission GSF /Calais Nord de la France

« Alexandra, Marie, Thomas
Je m’associe à mes amis pour vous envoyer mes forces d’amour, d’espérance, de courage et d’énergie pour ce début de mission. Restez dans cette humanité qui est en vous, éclaboussez autant de monde que possible et partagez avec nous vos journées, commentaires, vécus, doutes, et avancées.
Je pense à vous.
Marié
Sage-femme GSF »

– Expéditeur : Anabelou Date: 18 novembre 2015

« Bonjour à tous ! Tout s’est déclenché, hier
Alexandra est venue chercher la dotation, en coup de vent. Elle m’a touchée, je dois dire, avec sa petite voiture, sa polaire et ses chaussures pleines de boue. Quand je lui ai demandé comment c’était passé la journée, elle m’a dit « ça va! Mais le pire c’est la pluie et la boue! Mais moi je ne me plains pas parce que je vais pouvoir me doucher ce soir! »
Alors, le cœur rempli de désolation devant cette situation, je suis allée rejoindre quelques amies.
Deux d’entre elles m’ont annoncé qu’elles étaient membres d’une petite association d’entre aide sur Béthune et qu’elles allaient parler de GSF lors de leur réunion le 2 décembre. Elles sont certaines de pouvoir nous réserver le don que leur association accorde 1 x par an à une association humanitaire!
Et puis il y a eu le geste de mon amie, à qui j’avais transmis le projet GSF. La semaine dernière elle a sollicité sa petite fondation familiale! Malheureusement, trop tard! La fondation s’était déjà engagée pour autre chose, mais le projet GSF sera présenté la prochaine fois… Le problème, c’est dans 6 mois!
Alors Elle m’a fait un chèque pour GSF: 3 000 euros!!!!
Elle m’a dit : « prends le, chaque année mon mari et moi faisons un don à une association car c’est important pour nous, et là je suis très heureuse de le faire pour GSF et pour cette mission… »
Je ne cache pas que j’avais les larmes aux yeux!
Merci beaucoup. à bientôt
Annabelle »